Mai 72, 50 ans plus tard et en 62 années d'indépendance : réflexion d'un soixante douzard !

Depuis quelque temps, l'on a tendance à rendre   " Mai 72 " responsable de tous les maux de la société malgache. Selon une frange de plus en plus dominante, le " mouvement des étudiants et des scolaires " aurait accouché d'une souris car la chute de la Première République serait à l'origine d'une spirale descendante. Ces voix nostalgiques entonnent les louanges de la décennie post-coloniale en rappelant que Madagascar faisait figure de référence en Afrique au plan socio-économique. Pour elles, la République Malgache était un État-phare dans les années 60. Malheureusement, le cycle vertueux aurait été cassé par la " Révolution de Mai 72 ". En dépit de l'apologie faite par ses thuriféraires, la Première République n'était pas le pays de Cocagne. Au contraire, elle souffrait de disparités majeures et de multiples maux. Le président Philibert Tsiranana en personne le reconnut et dénonça en particuler les inégalités en matière scolaire. L' indépendance, ou plutôt la pseudo-indépendance, était marquée par une souveraineté limitée comme en témoignait la forte présence de l'ancienne métropole dans les sphères régaliennes du jeune État. Au plan éducationnel, l'influence française est totale: l'éducation octroyée aux Malgaches est pensée et mise en œuvre par la France et ses coopérants techniques. L' aile gauche du P.S.D. critiquait ouvertement, à chaque  congrès du parti-État, l'ombre tutélaire de la France et proposa déjà la révision des accords de coopération signés en juin 1960 entre les deux pays. La centralisation politique, l'autre grande tare de l'immédiat post-colonial,exacerbait aussi les tensions. Elle était directement à l'origine de la juxtaposition d' entités disharmoniques: la ville et la campagne, les citadins et les ruraux," Madagascar utile" et " Madagascar inutile ", "paysans ouvriers" et " ouvriers paysans" etc.? Ainsi, la " Révolution de Mai 72 ",  promue par une génération de jeunes élites sans complexe et s'arrogeant le qualificatif de " génération de la décolonisation ", se voulait être une réaction légitime dans une société en crise, une première en Afrique francophone, voire dans toute l'Afrique ? Elle se donnait pour objectif la correction des abus et injustices de cette " colonisation" de forme nouvelle", dont un État " policier " et une éducation extravertie sont les symboles vécus. Mai 72 " voulait aussi que Madagascar retrouve l'indépendance véritable en recouvrant une souveraineté totale. Malheureusement, " Mai 72 " n' aura jamais les moyens de sa politique. Contrairement aux apparences, les jeunes révolutionnaires furent éclipsés très vite. Le 16 mai, trois jours après les affrontements sanglants, la capitale passa sous commandement militaire. À partir du 18 mai,tout le pays était dorénavant sous la férule de l'Armée au travers des pleins pouvoirs conférés au chef d'état-major  Gabriel Ramanantsoa par le président de la République, qui en traitement et convalescence au centre thermal de Ranomafana, , n'aurait  plus semble - t- il ses totales capacités à gouverner le Pays. Dans ces conditions,le congrès des étudiants et travailleurs - KIM -  (1)  censé jeter les bases d'un État malgache totalement indépendant, pleinement souverain, maître de son destin et épris de justice, ne sera qu'un combat d'arrière-garde. D'autant plus, que malgré son retard à adhérer au mouvement et au KIM , l'AKFM  du Pasteur Andriamanjato, un des rares  partis politiques à dimension nationale, aurait décliné " l'offre du pouvoir " au sein du KIM ? C'était  le début d'un processus anti-grève, qui fit que ce pouvoir pour un changement  vers une  décolonisation  effective, ainsi qu'une  entière souveraineté nationale, ce pouvoir  s'éloigna  definitivement  du KIM . Un demi-siècle après " Mai 72 ", la situation est figée.La pleine souveraineté nationale tant revendiquée par les " Soixante douzards " demeure toujours illusoire. L' influence française reste prépondérante à Madagascar. La tutelle étrangère sur la Grande Ile a même tendance à se mondialiser. La centralisation politique perdure et continue à clochardiser la périphérie, devenue Faritany. Toute idée de  décentralisation et de développement des Régions semble reléguée aux calendes grecques. En quelques mots,la République est en péril. Il est grand temps que nos jeunes reprennent le flambeau.C'est à eux de parachever la lutte initiée par les " Révolutionnaires de mai 72 " : redonner à Madagascar la souveraineté spoliée par la pax colonica, mettre définitivement un terme à cette séculaire centralisation politique contre-productive, promouvoir un développement endogène à partir des Régions. Afin qu'avec  un changement de paradigme sur le sens d'une bonne Gouvernance, et la confiance à la capacité de résilience légendaire du peuple malagasy, Madagascar puisse réintégrer dignement en ce 3ème millenaire le concert des Nations et vivre la mondialisation , malgré les grandes menaces sociétales actuelles:   - guerres, changement climatique, corruption etc.. A ce sujet , la  francophonie reste une réalité dans l'espace de politiques publiques de Madagascar, cette francophonie là est une passerelle historique parmi tant d'autres vers la mondialisation , elle se doit d'être un atout et non un handicap pour la prospérité et  le developpement futur des Régions et du peuple malagasy ". Et comme disait  Martin Luther King , ".. nous avons besoin de leaders qui ne sont pas amoureux de l'argent mais de la justice ..... Qui ne sont pas amoureux de la publicité mais de l'humanité." Quid ? Tananarive ce 19 Juin 2022                   Signé       H. Aimé RAPELANORO-RABENJA    Économiste, Expert en développement et management de projets multisectoriels (2) NB : (1) Komity iombonan'ny Mpitolona (2) Un échappé de la rafle ciblée d'Ankatso opérée par les agents de la Force républicaine de sécurité, FRS, la nuit noire du 12 mai 1972 à la cité '' U '' des étudiants de l'université Charles De Gaule.